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Métier21 octobre 2026 7 min de lecture

Devenir agent de sécurité en Suisse romande : les conditions, l'examen, le salaire

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Pas de diplôme exigé pour commencer, mais un examen cantonal obligatoire, une enquête d'honorabilité et une carte de légitimation. Et un salaire minimum fixé par convention : 54'270 francs la première année à plein temps.

Le métier d'agent de sécurité est l'un des rares qui reste accessible sans formation initiale particulière, tout en étant strictement encadré. Cette combinaison le rend attirant, et elle alimente aussi beaucoup d'idées fausses. Voici ce que la loi et la convention collective exigent réellement, et ce qu'on peut en attendre.

Les conditions d'accès, fixées par le concordat

En Suisse romande, l'engagement d'un agent de sécurité est soumis à autorisation. Ce n'est pas le candidat qui la demande, c'est l'entreprise qui l'engage, mais les conditions portent sur la personne du candidat. L'article 9 du Concordat sur les entreprises de sécurité en fixe quatre.

  • La nationalité ou le titre de séjour : être ressortissant suisse, d'un État de l'Union européenne ou de l'AELE, titulaire d'un permis d'établissement, ou d'un permis de séjour depuis deux ans au moins.
  • L'exercice des droits civils.
  • L'honorabilité : offrir, « par ses antécédents, par son caractère et son comportement, toute garantie d'honorabilité ». Une directive de la Commission concordataire précise comment pèsent la gravité des faits, les circonstances et le temps écoulé.
  • La réussite de « l'examen portant sur les connaissances théoriques de base applicables en la matière », organisé par le canton du siège de l'entreprise.

Un détail de procédure révèle le sérieux du contrôle. Selon l'article 10b, l'entreprise doit joindre à sa requête une attestation par laquelle le candidat consent à ce que l'autorité fasse état, dans sa décision, de données ressortant des dossiers de police. Sans ce consentement, l'autorité « n'entre pas en matière ». Les documents produits ne doivent pas dater de plus de trois mois.

Une fois l'autorisation obtenue, l'agent reçoit une carte de légitimation, obligatoire dès qu'il travaille hors des locaux de son employeur.

Les vingt heures que l'employeur vous doit

La convention collective de travail de la branche impose une formation de base d'au moins vingt heures, à son article 10. Trois points en font une obligation réelle et non une formalité.

Elle a lieu pendant la période d'essai. Elle est assimilée au temps de travail et gratuite pour le collaborateur. Et l'employeur doit certifier par écrit, sur papier à en-tête, que vous l'avez suivie, ce certificat étant classé dans votre dossier personnel.

La convention précise aussi que cette formation de base « s'ajoute à la formation théorique élémentaire des concordats et ne peut se substituer à celle-ci ». Autrement dit : les vingt heures de l'employeur ne remplacent pas l'examen cantonal, elles viennent après ou à côté. Les titulaires d'un brevet fédéral de la branche en sont dispensés.

Si un employeur vous présente ces vingt heures comme une formation à vos frais, ou s'il ne délivre aucun certificat, il ne respecte pas la convention.

Ce que vous gagnerez, et pourquoi le chiffre est vérifiable

La convention est déclarée de force obligatoire par le Conseil fédéral depuis le 11 décembre 2025, pour tout le territoire suisse et jusqu'au 31 décembre 2026. Elle s'impose aux employeurs d'au moins dix salariés, y compris à ceux qui n'ont rien signé.

Elle range les collaborateurs en trois catégories selon le volume d'heures prévu au contrat. La catégorie A couvre les employés payés au mois entre 1'801 et 2'300 heures par an. La catégorie B, ceux payés au mois entre 901 et 1'800 heures. La catégorie C, ceux payés à l'heure jusqu'à 900 heures par an.

Pour un plein temps en catégorie A, référence 2'000 heures, le minimum s'établit à 54'270 francs la première année de service, 55'260 la deuxième, et progresse jusqu'à 62'755 francs dès la treizième année. En catégorie B, référence 1'400 heures, le minimum part de 35'560 francs.

Pour un contrat à l'heure en catégorie C, le minimum dépend du canton : 24,15 francs la première année dans la plupart des cantons romands et jusqu'à 24,95 dès la quatrième, contre 24,70 à 25,50 francs à Genève, à Bâle-Ville et à Bâle-Campagne. Ces montants s'entendent sans l'indemnité de vacances, qui s'ajoute à hauteur de 8,33 pour cent pour quatre semaines.

Deux précisions qui comptent sur une fiche de paie. Les salaires des collaborateurs de moins de 25 ans peuvent être inférieurs de 150 francs par mois au maximum aux minimums ci-dessus. Et l'entrée en fonction avant le 1er juillet fait compter l'année en cours comme première année de service.

Les heures de nuit se paient en temps, pas en argent

C'est la particularité de cette convention, et elle surprend ceux qui viennent d'une autre branche. L'article 12 n'accorde pas de supplément de salaire pour la nuit, mais une majoration de temps : six minutes par heure, soit dix pour cent, pour chaque heure travaillée entre 23 heures et 6 heures, ainsi que le dimanche et les jours fériés officiels entre 6 heures et 23 heures. Cette majoration entre dans le décompte de votre durée annuelle du travail.

Deuxième règle utile : lors d'un changement de site pendant le service, par exemple sur une tournée de rondes, le temps de travail court sans interruption du début à la fin de la mission, temps de trajet inclus. Y compris lorsque vous devez d'abord passer à une base logistique pour récupérer du matériel.

Vous avez droit chaque mois à un décompte écrit et clair de votre temps de travail, que l'employeur doit conserver cinq ans. S'il ne l'établit pas, la convention prévoit que votre propre décompte sera pris en compte comme moyen de preuve en cas de litige. Tenez-le.

Vacances et maladie

Les catégories A et B ont droit à quatre semaines de vacances dès la première année, cinq semaines dès la cinquième année de service et 45 ans, ou dès la dixième année et 40 ans, et six semaines dès la quinzième année de service. La catégorie C reçoit un supplément au salaire horaire de 8,33 pour cent pour quatre semaines, ou 10,64 pour cinq.

En cas de maladie, l'employeur doit vous assurer pour la perte de gain à hauteur d'au moins 80 pour cent du salaire moyen soumis à l'AVS, versée au plus tard dès le deuxième jour, pendant 720 jours sur une période de 900. Les cotisations sont prises en charge au moins pour moitié par l'employeur.

Progresser : le brevet fédéral

Au delà de l'examen concordataire, la branche dispose d'un titre reconnu, le brevet fédéral d'agent professionnel de sécurité, décliné en spécialisations : surveillance, protection de personnes, manifestations, service de centrale.

Les conditions d'admission publiées par le portail officiel orientation.ch combinent un titre et de la pratique : un certificat fédéral de capacité, une maturité ou un titre équivalent avec deux ans de pratique dans la sécurité, une attestation fédérale de formation professionnelle avec quatre ans, ou six ans de pratique sans formation du secondaire II. S'y ajoutent un âge minimum de 22 ans et un casier judiciaire vierge. La spécialisation protection de personnes exige en plus un permis de port d'armes et 200 heures de travail armé.

La préparation dure environ six mois, le plus souvent en emploi et sous forme modulaire. Les tarifs pratiqués par les centres de formation varient fortement et des aides existent : renseignez-vous avant de vous engager, et demandez à votre employeur s'il participe.

Ce qu'il faut savoir avant de se lancer

Le métier se pratique en grande partie la nuit, le week-end et les jours fériés, et c'est structurel, pas accidentel. La convention plafonne le temps annuel d'un plein temps entre 1'801 et 2'300 heures, ce qui laisse à l'employeur une latitude importante sur le rythme : la durée retenue doit figurer au contrat et ne peut pas être modifiée unilatéralement ensuite. Lisez cette ligne avant de signer.

Les trajets entre sites comptent, les décomptes mensuels sont un droit, et le niveau d'entrée est un salaire minimum, pas un salaire d'usage. Dans un marché où 233 entreprises sont autorisées en Suisse romande, dont beaucoup de petites structures, les conditions réelles varient d'un employeur à l'autre bien plus que ne le laisse croire l'existence d'une convention unique. Sur ce que la taille d'une entreprise change, voir notre analyse des registres romands.

Sources

  • Concordat sur les entreprises de sécurité du 18 octobre 1996, art. 9, 10b et 18.
  • Convention collective de travail pour la branche des services de sécurité privés, édition 2026 : art. 8 (catégories), 10 (formation de base), 12 (durée du travail, majoration de nuit, décomptes), 16 (salaires), 17 (maintien du salaire), 20 (vacances), annexe 1 (barèmes) ; déclaration de force obligatoire du 11 décembre 2025, valable jusqu'au 31 décembre 2026.
  • Portail officiel suisse de l'orientation professionnelle orientation.ch, fiche « Agent professionnel de sécurité BF ».
  • Les montants des formations privées ne sont pas repris ici : ils varient selon les centres et les pages consultées n'étaient pas toutes à jour.

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